Consommation : répartition et financement

03.07.18

La consommation de soins et de biens médicaux est encadrée par des actions de maîtrise médicalisée

Les comptes nationaux de la santé mesurent chaque année les différents postes de la consommation médicale totale (valeur totale des biens et services médicaux consommés) et de la dépense courante en santé (somme des dépenses engagées par les financeurs publics et privés pour la fonction santé).

En 2016, la consommation de soins et de biens médicaux, en France, a atteint 198,5 milliards d’euros, soit 2 975 euros par habitant. Elle a progressé de 1,5 % par rapport à 2015.

Rapportée à la population, la consommation de médicaments et autres produits pharmaceutiques a été, en moyenne, de 510 euros par habitant en 2016.
Cette moyenne recouvre une très grande diversité, puisque ce sont surtout les personnes âgées et celles atteintes de maladies graves qui consomment le .

La consommation française est liée à sa structure : d’un côté, un faible recours à la chirurgie ambulatoire et aux formes modernes d’hospitalisation, relativement économiques, par rapport aux pays voisins ; de l’autre côté, un manque de sensibilisation des acteurs (patients et professionnels de santé) au coût des actes et des produits de santé (exonération du ticket modérateur et tiers payant, faiblesse des contrôles et absence de traçabilité informatique des prescriptions hospitalières).
Toutefois, les pouvoirs publics cherchent de en à contrôler cette consommation, en faisant évoluer le comportement des acteurs de santé via des actions de maîtrise médicalisée.

Depuis avril 2009, les médecins libéraux peuvent s’engager sur des objectifs de santé publique, portant notamment sur des prescriptions de produits anciens moins chers — dans le répertoire ou non —, et percevoir une rémunération sur objectif de santé publique (ROSP), de 4 500 euros en moyenne en 2017, en complément de leur rémunération à l’acte.

L’industrie pharmaceutique se mobilise également, notamment via le Collectif bon usage du médicament, réunissant tous les acteurs impliqués.

Ces efforts ont abouti à la mise en œuvre en 2016 d’un programme d’actions ciblées sur les personnes âgées, lequel prévoit :
une campagne de sensibilisation auprès du grand public ;
des outils d’aide à la prescription et à la dispensation, disponibles sur un site internet dédié aux professionnels de santé, reflexeiatrogenie.com ;
la formation des équipes de pharmaciens d’officine grâce à un module d’e-learning ;
des fonctionnalités nouvelles dans les logiciels d’aide à la prescription, permettant aux médecins de mieux détecter les interactions médicamenteuses ;
des réunions de collaboration organisées entre professionnels de santé (pharmaciens et médecins généralistes).

Toutes ces actions ont été évaluées. Elles ont contribué à réduire la consommation médicamenteuse chez les personnes âgées de de 65 ans, mais aussi le nombre d’inter-actions médicamenteuses, et généré 185 millions d’euros d’économies entre 2015 et 2016.

En parallèle, la Convention pharmaceutique de 2012 a incité à la délivrance de génériques par le pharmacien (tiers payant conditionné par l’acceptation de la substitution), ce qui a fortement contribué à l’augmentation de part de marché des génériques.

La consommation de médicaments augmente moins vite que celle des autres biens courants

La part de la consommation médicale dans le PIB a augmenté beaucoup rapidement que celle de la consommation de médicaments : la première est passée de 5,1 % en 1970 à 8,9 % en 2016 ; la seconde de 1,3 % à 1,5 % sur la même période. »

Cette augmentation, jointe au ralentissement de la croissance économique depuis 1975 et à l’amélioration de la prise en charge collective des soins, a entraîné une situation de déficit chronique de l’Assurance maladie.
 

 

Lorsqu‘on observe l’évolution de la consommation de médicaments entre 2008 et 2016, celle-ci est restée plutôt stable au regard d’autres postes de consommation des ménages, tels que l’alimentation, le logement ou encore le tabac.
La politique de baisses de prix appliquée sur le médicament depuis ieurs années explique en partie cette tendance.

Dans la structure de la consommation de soins et de biens médicaux, le médicament compte pour 17,5 %, soit un niveau identique à celui qu’il avait en 1980.
 

Les dépenses de soins et de biens médicaux sont financées par la Sécurité sociale à 77 % en 2016

La Sécurité sociale reste de loin le premier financeur des dépenses de santé, avec 77 % du financement.
Les complémentaires (mutuelles, sociétés d’assurances, institutions de prévoyance) assurent 13,3 % du financement des dépenses de santé, dont 6,8 % pour les mutuelles contre 3,8 % pour les assureurs. La part directe des ménages représente actuellement 8,3 %.

94 % des ménages bénéficient d’une couverture complémentaire, qu’elle soit obtenue par une mutuelle, par une assurance privée ou par la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C), qui complète, le souvent à hauteur de 100 %, le remboursement de la Sécurité sociale.

La sensibilité directe des ménages aux prix des médicaments est donc très faible.

Comparaisons internationales de la consommation de médicaments

La France a longtemps été présentée comme le premier pays consommateur de médicaments.
Depuis quelques années, ieurs études relativisent cette affirmation, avec le poids croissant de médicaments internationalisés, dont les conditions de prescription sont voisines (référentiels internationaux de bon usage).

L’étude de l’économiste de la santé Claude Le Pen, publiée en 2007, souligne que le classement des pays en termes de consommation médicamenteuse dépend fortement de l’unité considérée, de la classe thérapeutique et de la période.
La conclusion montre une convergence puissante des niveaux de consommation de médicaments européens.

Cette convergence est confirmée par la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), qui a analysé l’évolution des huit principales classes pharmaco-thérapeutiques entre 2006 et 2009 en unités standardisées.
Elle démontre qu’en 2009, la consommation d’unités par habitant est de 456 au Royaume-Uni, 382 en Espagne et en France, 329 en Allemagne et 298 en Italie.
Pour trois classes (statines, IPP, antidépresseurs), la croissance française est la faible d’Europe.

Ces résultats sont également confortés par une étude du LIR, en partenariat avec la chaire Essec santé et le professeur de Pouvourville, publiée en 2012, et dont la dernière mise à jour date de 2014.
Elle compare la consommation de médicaments en volume, entre 2000 et 2013, dans les huit principales classes thérapeutiques, en France et dans six autres pays européens, et confirme que, en matière de consommation de médicaments, la France affiche le taux d’évolution le faible et une modération relative.

Si la France était bien, en 2000, le pays le consommateur en volume de médicaments de ces huit classes, elle se situe treize ans tard dans la moyenne européenne.
Sur la période 2000-2013, dans cinq cas sur huit, le taux d’évolution est le faible en France (antidépresseurs, antiulcéreux, hypolipémiants, antihypertenseurs et antibiotiques).
Le seul cas où la consommation a évolué rapidement en France que dans les autres pays est celui des antiasthmatiques.

 

 

En savoir :

PUBLICATIONS

- Evolution comparée des ventes de médicaments dans sept pays européens (2000-2011). LIR en partenariat avec la chaire Essec santé et le professeur Gérard de Pouvourville, juin 2012, mise à jour en octobre 2014.
- Comptes nationaux de la santé, 2017. Collection « Etudes et Statistiques ». Diffusion Drees.
- La consommation médicamenteuse dans cinq pays européens : une réévaluation. Pr C. Le Pen, H. Lemasson, C. Roullière-Lelidec, avril 2007.
- Consommation et dépenses de médicaments en France et en Europe : évolutions 2006-2009. Point d’information CNAMTS, mars 2011.

SITES INTERNET

- Drees :
- Insee :
 

L’essentiel

4 500 euros     

Montant moyen de la rémunération sur objectifs de santé publique perçu
par les médecins libéraux en 2017.

510 euros    

Consommation moyenne de médicaments par an
et par personne en 2016.

77 %

Part de la Sécurité sociale dans le financement des dépenses
de santé en 2016.