Communiqués de presse
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Une croissance en trompe-l’œil, qui confirme l’urgence d’une concertation stratégique sur l’avenir du secteur en France

15.07.15
Le Bilan économique 2015 du secteur publié aujourd’hui par le Leem confirme l’aggravation du mouvement de récession qui touche l’industrie du médicament en France. Le poids de la régulation comptable et le manque de cohérence dans la politique industrielle continuent de grever l’attractivité du pays et les performances du secteur. Les entreprises comptent sur la relance du dialogue stratégique Etat-Industrie pour inventer les outils efficaces d’une relance française.

Des performances françaises toujours à la peine


Pour la troisième année consécutive, en décalage croissant avec l’ensemble des grands marchés mondiaux, la France voit son chiffre d’affaires des médicaments en ville poursuivre sa pente récessive. Le chiffre d’affaires du marché domestique (ville + hôpital) s’affiche certes en croissance, du fait de l’introduction, en 2014, de médicaments innovants dans le traitement de l’hépatite C vendus à l’hôpital, qui a fait connaître un bond au marché des produits sous Autorisation temporaire d’utilisation. Mais ce résultat, exceptionnel par son ampleur et par le nombre extrêmement réduit des entreprises concernées, masque le recul alarmant de l’économie des entreprises du médicament opérant en France.
Avec l’Italie, la France est le seul pays qui continue d’afficher une décroissance du chiffre d’affaires médicament remboursable sur le marché de ville en 2014.

 

Pour la première fois, un marché total (France et export) en récession


Fait exceptionnel, le Bilan économique 2015 du Leem révèle un repli historique – près d’un tiers – du solde de la balance commerciale du médicament. Les échanges commerciaux de médicaments ont représenté, pour la France, un excédent commercial de seulement 6 Md€ en 2014, contre près de 9 Md€ l’année précédente. Ce recul inédit est imputable au développement de la fabrication locale dans les pays émergents, mais aussi à la perte d’attractivité de la France dans la captation de nouvelles productions (notamment médicaments biologiques), son tissu industriel étant en majorité spécialisé dans la production de molécules chimiques anciennes. 

 

Une rentabilité étouffée par le poids des prélèvements


Depuis ieurs années, le poids et la multiplicité des outils de régulation mis en place par les pouvoirs publics en France contraignent très lourdement le chiffre d’affaires des médicaments remboursables.
Alors que les pays concurrents de la France pour la localisation d’activité mettent en place un environnement économique du médicament attractif et prévisible (en termes d’accès au marché, de régulation et de fiscalité), la France continue de faire porter, chaque année, sur les industriels du médicament, l’essentiel des économies opérées sur les dépenses d’assurance maladie (50 % des économies sont concentrées sur le poste médicament, qui ne représente pourtant que 15 % des dépenses).
La mise en place, depuis de dix ans, de plans annuels de baisses de prix, a eu une incidence forte sur la croissance de chiffre d’affaires du médicament remboursable. Ainsi, le taux de croissance annuel moyen s’établissait à 6,1 % sur la période 2000-2005, à 1,5 % pour la période 2006-2011, et il se situe à - 2,5 % sur la période 2012-2014.
En outre, le taux global d’imposition sur le secteur, déjà très élevé en France, s’est alourdi en 2014, tandis qu’il reste stable ou s’allège dans les autres principaux pays européens. A titre d’exemple, le poids des taxes sectorielles varie de 33 % à 64 % pour la France, alors que ce taux est nul pour le Royaume-Uni et sensiblement moins élevé dans les pays voisins.


Des effectifs sous la barre symbolique des 100 000 salariés


Conséquence de la dégradation de son environnement, pour la sixième année consécutive, l’industrie du médicament poursuit son recul en termes d’emploi. Globalement, le secteur atteint un effectif de 99 453 personnes, repassant pour la première fois depuis dix ans sous la barre des 100 000 personnes. Selon la dernière estimation connue (2013), 27 réorganisations ont été annoncées en année pleine, avec la mise en place de PSE ou de plans de départs volontaires.
En quinze ans, les effectifs de R&D ont augmenté de 10 %, contre une baisse de 20 % pour les effectifs de commercialisation. Pour autant, l’emploi en recherche et développement reste fragile, car les effectifs se concentrent sur un petit nombre d’entreprises et la tendance aux transferts d’activités de R&D vers des pays attractifs – notamment en termes d’accès au marché – s’accentue.
« Nos atouts économiques, industriels et scientifiques sont connus, mais ils doivent aujourd’hui être renforcés pour répondre à la concurrence mondiale en matière de recherche clinique, pour capter les nouveaux investissements industriels, et pour assurer l’accès précoce des Français à l’innovation thérapeutique, analyse Patrick Errard, président du Leem. C’est tout le sens de notre engagement dans la relance du dialogue Etat-Industrie, tel qu’il s’illustre au travers du Conseil Stratégique des Industries de Santé (CSIS) et du Comité stratégique de filière (CSF). Placé sous l’autorité du Premier Ministre, le CSIS refondé doit nous permettre de repenser la politique d’accès de l’innovation, par de nouvelles stratégies de financements et une meilleure lisibilité des règles d’évaluation ; il doit aussi inspirer les outils d’une attractivité retrouvée en matière de production, de recherche et d’emploi. Pour atteindre ces objectifs et attirer de nouveaux investissements en santé, il nous faut sans attendre réunir, dans le cadre conventionnel, les conditions de la visibilité, de la lisibilité et de la prédictibilité. »

 


L’animation vidéo du bilan sur :